RUBELLES

Commune à 3 kilomètres au nord de Melun, dans un vallon au fond duquel coulent des eaux prenant leur source dans le parc de l'ancienne abbaye du Jard, grossies d'autres eaux provenant du plateau et des pentes de Saint-Germain-Laxis. C'était autrefois une paroisse de l'archidiaconné et doyenné de Melun, sous le vocable de Saint-Nicolas, et dont le curé était nommé par l'archevéque de Sens. Sa population, stationnaire depuis plus d'un siècle, s'élève à 178 habitants en 1907.

Plusieurs avis ont été émis sur l'origine du nom de Rubelles. On a prétendu qu'il était dû à la beauté des eaux qui traversent le village. C'est peu admissible. Rivus bellus ne peut donner Rubelles, comme le portent les plus ancien textes, Rubella. Mais on sait qu'au moyen-âge une partie du territoire était planté de vignes dont il existe encore des restes sur les pentes de Trois-Moulins. Or, on appelait Rubella vinea certaine espèce de vigne au bois rougeâtre. Il se peut que le nom du pays n'ait pas d'autre origine. Rubellae, qui est le nominatif pluriel de Rubella, a fini par prévaloir, et l'on en a fait Rubelles; mais, généralement, les plus anciens documents concernant cette localité portent Rubella, Rubelle au singulier. Molendinum de Rubellà est-il écrit dans la charte du roi Robert II dit le Pieux, en faveur du prieuré Saint-Sauveur de Melun.
La voie antique, appelée chemin Paré, venant d'Orléans, Genabum, touchant Melun, Melodunum, et se dirigeant vers le centre de la Brie, traverse la commune de Rubelles, en laquelle il a été défoncé et détruit sur la plus grande partie de son parcours. On l'a attribué aux Romains, mais il n'a jamais eu l'apparence des grands chemins qu'ils créèrent dans la Gaule conquise, et l'on peut, avec plus de vraisemblance, en faire remonter l'origine à des âges plus anciens. On peut le ranger parmi les voies de communications qui sillonnaient le pays, déjà civilisé et prospère, avant l'arrivée de César.

Rubelles est mentionné dans une charte octroyant d'importantes concessions par le roi Robert au Prieuré Saint-Sauveur de Melun, vers l'an 1000, reproduite par Rouilliard dans l'histoire de cette ville, page 296. Entr'autres choses, le roi lui donne le moulin de Rubelles. Assurément, le village était beaucoup plus ancien. L'existence d'un moulin, dénotant une industrie importante, sert à la prouver en suggérant la pensée qu'ellè ne devait pas être de création récente. C'était le moulin situé au centre du village, qui a fonctionné jusqu'en ces dernières années de 1907.
Il en existe un autre, sur le ru du Jard, distant du village, et qu'on appelle le moulin du Ponceau, autrefois Poncel, à cause du pont traversant ce rù dans le fond du vallon. Lui-même est ancien. Le cartulaire de Barbeau, conservé à la Bibliothèque nationale, Mss Lat. n° 10.943, contient une série d'actes du XIIIe siècle le concernant. En avril 1247, les maîtres et frères de la Maison-Dieu Saint-Lazare de Melun, du consentement de ses administrateurs, au nombre desquels est Johannes de Rubellis, vendent aux religieux et abbé de Barbeau tout ce qu'ils avaient dans le moulin de Ponceaux « in molendino de Poncellis, silo juxta Rubellas. » pour le prix de 60 livres parisis. Marguerite, épouse de Jehan des Granges, chevalier, et Agnès, épouse de Milon des Granges, également chevalier, dames du fief, approuvèrent cette vente en 1247 et 1249.

Les religieux augmentèrent leur propriété de Pontceau : En 1257, Pierre de Germenoy, prêtre, leur donne, à titre d'aumône, une pièce de terre plantée de saules, en la paroisse de Rubelles « juxta molendinum monachorum de Barbet, quod dicitur Ponciaus », qu'il avait acheté de Renault, dit Vaillant de Rubelles, et Emeline, sa femme, pour le prix de 16 livres parisis. En 1288, Jehan le Qualein et Héloïse, sa femme, leur vendent un demi arpent de pré dans le voisinage du même moulin.
Un Gilon de Rubelles, écuyer, vivant en 1284, consent un amortissement en faveur de Théobald de Burcelles pour raison de certaine pièce de bois située à la Queue de Fontaine.
Vers ce temps, on trouvait à Rubelles, un ostel ou manoir constituant le fief principal du lieu, relevant de l'ostel du Jard, et dont le possesseur était en 1394, Messire Gilles Mallet, chevalier, seigneur de Villepescle.
Ce fief, qui relevait de l'ostel du Jard, appartenant à Jehan Pastourel, est ainsi désigné dans un aveu que ce dernier rendait au Roi : « Un manoir où souloit avoir grand'maison, vignes, le tout contenant IV arpens, tout cloz à murs, séanz à Rubelles. XVI arpens de terre, séanz à la Cualme, V arpens tenans à Jehan Legouge, IX arpens devant l'hospital de Rubelles, sept serfs tenus du dit chevalier en plein fief. »
D'après cette déclaration, on trouvait encore à Rubelles des serfs, hommes de taille et de corps, dont la condition ne différait guère de celle d'esclaves. Les troubles de la guerre de Cent Ans entraînèrent leur affranchissement et celui des gens de même condition qui pouvaient exister dans les paroisses de la Brie. Il ne paraît pas que le servage y ait existé postérieurement au XV° siècle.
En 1512, Michel de Champront, seigneur du Mée et de Pouilly-Gallerand, s'intitule aussi seigneur de Rubelles en partie. Sans doute, il y possédait un fief.

La haute justice du lieu et la mairerie, qui consistait dans un droit de surveillance et de police appartenant au Roi, furent délaissés à André Pailler, de Dannemois, à la charge d'acquitter 10 sous par an à la recette de Melun, le tout constaté dans les Mémoriaux de la Chambre des Comptes, f° 107.

Sous Henri IV, la seigneurie appartient à Anne Dessoye, dame de Rubelles et d'Aubigny en partie, épouse de Jean Drouart, sieur de Rouvilliers. Décédée le 18 octobre 1603, cette clame fut inhumée dans l'église. Son fils, Antoine Drouart, lui succéda. Epoux de Catherine Chevalier, il était mort antérieurement à 1622.
Il eût pour successeur Antoine de Saint-Yon, qualifié en 1627 « seigneur de Rubelles, Aubigny et la Madeleine, conseiller du Roy en ses Conseils d'Etat et privé, maître des requêtes ordinaires de son hôtel ». Il avait épousé isabelle Chaillou.
Leur fille, Catherine de Saint-Yon, religieuse au couvent de la Visitation Sainte-Marie, à Paris, donna 1000 livres pour aider à rebâtir l'église, par acte passé -devant Courtinier, notaire à Melun, le 28 octobre 1627. Une inscription existant dans l'ancienne chapelle seigneuriale constate celte libéralité.

Le domaine passa plus tard à Toussaint Bonneau, conseiller du Roi au Parlement de Paris, qui eût pour successeur Jacques Donneau, époux de Marie d'Ivry. Leur fille, du nom de Marie, née à Paris le 2 novembre 1629, recueillit à leur mort la seigneurie de Rubelles. En 1645, elle épousa Jean-Jacques de Beauharnais, sieur de Miramion, qui mourut la même année. Restée veuve, et refusant les demandes en mariage dont elle fut l'objet, elle se consacra à des oeuvres charitables, et fonda l'ordre des Miramiones. Pendant une épidémie qui sévit à Melun en 1673, elle se distingua par son dévouement et les soins qu'elle prodigua aux malades. Après sa mort, arrivée le 24 mars 1696, la terre de Rubelles fut vendue, l'année suivante, par Guillaume de Nesmond et dame Marguerite de Beauharnais de Miramion, à Charles Chassepot de Beaumont et dame Louise de Lisle, sa femme, qui la transmirent ensuite à Jean-Louis Chassepot leur fils, décédé le 4 avril 1736 et inhumé dans l'église.

On voit ensuite apparaître; en qualité de seigneur du lieu, Pierre du Tramblay, auditeur ordinaire à la Cour des Comptes, marié à Charlotte-Philippine Brosseau, qui mourut le 29 août 1762, également inhumée dans l'église. Au moment de la Révolution, la seigneurie appartenait à leur fils, Jean du Tramblay, de Saint-Yon, dont les descendants possèdent encore le château de Rubelles en 1907.
L'un d'eux, Baron A. P. du Tramblay, directeur général honoraire de la caisse d'amortissement, mourut à Rubelles, âgé de 76 ans, au mois d'octobre 1819. Dans sa retraite, il s'occupait de littérature. Sous le titre Apologues, il publia des fables qui ne manquent pas de charme et d'esprit. Il y eût une seconde édition en 1822, en tête de laquelle est le portrait de l'auteur gravé par Dequevauvilier, et sa biographie.
Un de ses petits fils, le baron Alexis du Tramblay créa à Rubelles, en 1836, une manufacture de fayence qui fonctionna pendant une vingtaine d'années, et dont les produits, empreints d'un caractère artistique, sont aujourd'hui recherchés par les collectionneurs.

Par suite d'un mariage, le château de Rubelles et ses dépendances, dont la ferme a été détachée, passèrent aux mains de la famille Hocedé, qui les détiennent aujourd'hui en 1907. La ferme est la propriété du vicomte de Castan.
Partie du hameau de Trois-Moulins dépend de la commune, avec le Moulin-du-Roi, sur le ru du Jard.
Le moulin de Ponceau et une propriété de campagne dans le voisinage appartiennent à Mme Jansse.
Dans le village se trouvent plusieurs maisons bourgeoises importantes. Une d'elles appartint avant la Révolution de 1789 au peintre G. F. Doyen, membre de l'ancienne Académie de peinture. Doyen, qui s'était rendu à Saint-Pétersbourg pour exercer son art, fut déclaré émigré en 1793, et sa maison de Rubelles fut vendue nationalement au district de Melun. Jadis, elle avait appartenu à Mme de Miramion.
Rubelles est abondamment pourvu d'eaux vives provenant de sources sortant du parc de l'ancienne abbaye du Jard, qui forment un agréable cours d'eau sillonnant le village et alimentant un lavoir public. Outre celui-ci, on en trouvait un autre, il y a peu d'années, dans la côte de la route départementale conduisant à Meaux. Il n'y aurait rien à en dire, si ce n'est une inscription le signalant, composée par A. P. du Tramblay, auteur des Apologues dont nous avons parlé, et qui a disparu à la suppression de ce lavoir ou fontaine :
Passant, aurais-tu soif, tant mieux!
Car si mon eau t'est salutaire,
Celui qui m'a faite est heureux,
Quoiqu'il n'ait fait que de l'eau claire.

ÉGLISE

Dédiée à Saint-Nicolas, l'église parait remonter au XIIIe siècle, d'après son plan rectaugulaire avec son chevet droit percé de fenêtres trinitaires ogivales aujourd'hui aveuglées. Elle n'a qu'une seule nef, voûtée en berceau de quatre travées divisées par des entraits et des poinçons en bois. L'ancienne chapelle seigneuriale à gauche du choeur est en dehors du plan principal. On y voit trois épitaphes funéraires des familles Drouart, Chassepot et du Tramblay, anciens seigneurs de la localité. Le clocher, s'élevant au-dessus de la première travée de la nef, est surmonté d'une flèche élancée couverte en ardoises. Dans le fenêtrage du choeur sont enchassés des
vitraux peints anciens représentant saint Nicolas et saint Éloi.

ÉCOLE

Rubelles ne paraît pas avoir eu d'école antérieurement au XVIIe siècle. Le pays était peu important, les ressources, pour l'entretien d'un prêtre spécial, manquaient. Les enfants n'avaient sans doute d'autres leçons que celles du curé, s'il lui plaisait d'en donner pour former des enfants de choeur, comme cela se passait dans beaucoup de villages dans la Brie. Le 25 mai 1698, par acte devant Savoye, notaire à Melun, Madame Chassepot de Beaumont, née de Lisle, fonda à perpétuité une école confiée à un homme marié, devant recevoir un traitement annuel de 150 livres, plus 20 livres pour le loyer de sa maison où se ferait la classe. Elle en assura le paiement par un titre de rente sur les aides et gabelles de France.

LA MAISON DES HOSPITALIERS

Les hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, qui avaient une commanderie à Melun, possédaient une maison à Rubelles, dans la Grande Rue, avec des terres et des droits de censives, en différents cantons du territoire. Il en est fait mention dès le XVIIIe siècle, à l'occasion d'une acquisition de vignes, faite par le chapitre Notre-Dame de Melun en 1263. Incendiée en 1492, la maison ne fut pas rebâtie. Les terres composant son domaine furent cédées par les hospitaliers en 1656, contre des biens-situés à Savigny-le-Temple, où ils avaient une commanderie importante.

BIBLIOGRAPHIE

Vie de Madame de Miramion, fondatrice d'une communauté de filles de sainte Geneviève, par F. T. de Choisy. Paris 1706, in-4°.
La vie de sainte Geneviève, avec l'éloge de Madame de Miramion, par le Baron des Coutures. Paris, 1697, in-12.
L'instruction gratuite à Rubelles au XVII' siécle; par G. Leroy. Almanach historique de Seine-et-Marne. Meaux, Le Blondel, éditeur, année 1872.
Le peintre Doyen, propriétaire à Rubelles, par Th. Lhuillier. Melun, typ. Lebrun, 1878. Broch in-18 de 29 pages.
La Faïence de Rubelles, par Gabriel Leroy. Melun,. imp. Legrand, 1898. Broch. in-18° de 22 pages.
G. LEROY.
Extrait de l'Almanach historique de Seine-et-Marne 1907, pages 138 à 144.

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